Le rôle du tourisme dans le développement d'une économie ouverte: balance touristique et balance des payements en Italie (1930-1998)
Maria Luisa Cavalcanti
Abstract:
Depuis la seconde partie du 19ème siècle, l'économie italienne se présente comme une économie ouverte. Si son développement a été considérablement freinée par la balance commerciale, elle a pu en revanche compter sur l’apport de plus en plus important des rapatriements de l'argent de l'émigration et des recettes touristiques.
Dans le secteur touristique, l'Italie a bénéficié, en plus de sa position d'oligopole sur la possession des ressources artistiques et culturelles, de conditions favorables. La compétitivité des prix qui résultait du bas niveau des salaires assurait notamment le développement d'un tourisme de masse. Après la Seconde Guerre mondiale, la croissance importante des entrées touristiques se heurte à une croissance moins soutenue des recettes, indice d'un tourisme de niveau plus bas avec une composante importante d'excursionnistes. Malgré cela, le niveau des entrées touristiques et la modestie du tourisme outgoing, en plus des transferts d'argent et autres rubriques non documentées, permettaient à l'Italie d'avoir une balance des paiements largement excédentaire.
Avec la fin de l'ère des bas salaires et la croissance des revenus à partir de 1969, la compétitivité des services touristiques italiens se dégrade en raison d'une inflation qui, pour des causes internes, sera de loin supérieure à l'inflation internationale. Pour rétablir la compétitivité des prix tant dans le secteur touristique que dans le secteur commercial, on utilisera dans les années soixante-dix l'arme de la dévaluation différentielle de la lire. Malgré cela, la croissance des variables touristiques en ressortira affaiblie, réduisant la part de l'Italie dans le tourisme mondial et déplaçant des pourcentages importants du tourisme étranger vers des solutions plus économiques de type extra-hôtelier. L'explosion du tourisme outgoing concourt également à la stagnation, en termes réels, du solde de la balance touristique, bien que la capacité à couvrir le déficit commercial demeure satisfaisante, sauf au cours des années qui ont suivi les deux crises pétrolières. C'est ainsi que, avec le rattachement de la lire au SME et en particulier après 1986 avec l'affaiblissement du dollar, la crise du tourisme italien devient plus évidente : le niveau élevé de l'inflation qui n'est pas accompagné d'une dévaluation proportionnelle du change, neutralise la compétitivité des prix et restreint le solde touristique en termes réels.
La responsabilité de cette détérioration qui est liée également à une crise de l'image du pays (terrorisme, grèves, pollution, etc.) tient au moins en partie au comportement des entrepreneurs qui opèrent dans le secteur touristique. Les entreprises touristiques, petites pour la plupart, selon le modèle de développement industriel qui s'est imposé en Italie à partir des années soixante-dix, sont beaucoup plus intéressées par la rentabilité que par la compétitivité, comme le prouve une croissance des prix du tourisme supérieure à celle de l'indice des prix de la consommation; elles se montrent incapables de répondre aux requêtes provenant d'une demande toujours plus segmentée et d'adapter les standards qualitatifs au plus haut niveau de consommation du touriste moyen.
La reprise du tourisme italien, après la sortie du SME, confirme cette faiblesse; dans le même temps, la participation à l'Euro empêche des dévaluations compétitives, au moins dans le cadre européen, pour sauvegarder la compétitivité des prix et rend difficile la requalification de l'offre italienne.